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Priscilla Wolmer ou l’école de la méritocratie

Elle est discrète et peu visible dans les soirées mondaines du gotha noir de France. Priscilla Wolmer, métisse d’origine guadeloupéenne, 35 printemps a gagné sa place parmi les femmes leaders dans l’univers des médias de ces dernières années. Elle a fondé en 2012 le journal 54 ÉTATS, à la fois print et web, en référence au 54 pays du continent. Au début de l’aventure, personne n’y croyait.  Forbes Afrique a voulu comprendre.

Forbes Afrique : Quel est le secret de votre réussite dans cet impitoyable univers des médias en Afrique ?

Beaucoup de demandait ce qu’une jolie femme de moins de 30 ans venait chercher dans les médias panafricains. Au mieux disaient-ils, je n’ai qu’à faire un magazine féminin. C’est tout justement ces commentaires désobligeants qui m’ont poussé à travailler avec force, courage et rigueur afin d’assoir la place de 54 ÉTATS parmi le microcosme de la presse panafricaine print et web en France. Force est de constater, sept ans plus tard, après avoir embauché plus de 20 salariés en France et ouvert des filiales au Togo, au Bénin et à Bahreïn que c’est chose faite.

Quel a été votre itinéraire ?

P W : Marie, ma grand-mère paternelle était institutrice, son dernier poste dans l’Algérie française, fut dans une école de Guelma, avant d’être rapatriée d’Algérie en 1962 et d’être affectée à Hellemmes dans la banlieue lilloise. Mon grand-père paternel était chef de gare. Des professions nobles à l’époque. Du côté maternel, mon grand-père et ma grand-mère travaillaient la terre. C’était des gens du peuple. Intègres, humbles et responsables. C’est dans ce moule familial que mes parents Claude et Denise m’ont transmis l’amour du travail, l’amour des mots, l’amour du vrai. Des valeurs qui m’ont permis de faire des études mes armes d’aujourd’hui. Je suis diplômée de Sciences Po Paris où j’ai obtenu un Master spécialisé en Management des médias et du numérique. Ma thèse a porté sur le défi de la gouvernance en Afrique à l’ère du numérique.

Comment est née votre WebTV Bienvenue chez Priss ?

P W: J’ai créé l’émission Bienvenue chez Priss diffusée sur le média 54 ÉTATS et sur la chaine YouTube de l’émission en partant d’un constat simple. L’écran TV perd son monopole. C’est l’ère du « mobile first » et le temps passé sur Internet est impressionnant laissant penser que la fin du règne de la télévision est proche. Pourquoi se priver des abonnés YouTube qui s’intéressent à la politique, la culture, l’actualité sur l’Afrique et qui souhaitent consommer l’information différemment ?

Vous interviewez des personnalités de divers horizons, quels sont vos critères de choix ?

P W : Sur le plateau de l’émission Bienvenue chez Priss nous invitons autant des acteurs de la sphère culturelle, politique que des personnes moins connues mais dont le projet est si beau qu’il mérite une mise en lumière. Ainsi, nous avons eu la chance, avec Véronique Chabourine, chroniqueuse sur l’émission et Séverine Dos Santos, artiste-peintre qui réalise le portrait des invités en direct, de recevoir Bolewa Sabourin, un activiste inspirant qui avec son association LOBA, a fait de la danse traditionnelle congolaise un outil de reconstruction psychique ou encore Antoine Ghonda, Conseiller spécial de l’ancien président Joseph Kabila en RDC pendant plus de 15 ans et véritable miraculé puisqu’il a survécu à un crash où il a perdu tous ses confrères, nous offrant là une belle leçon de détermination. L’idée, quel que soit le profil des interviewés est de rester dans la convivialité, l’accessibilité, le respect. Nous ne sommes pas là pour salir la trajectoire de vie de nos invités comme c’est souvent le cas dans les talk-show où il faut réaliser à tout prix de l’audience. La valeur-ajoutée du métier de journaliste, c’est la rencontre avec l’humain. C’est important pour moi.

Quels sont vos projets futurs ?

P W : L’Afrique, terre d’innovation se trouve a un moment décisif de l’histoire de son développement technologique. Avec ma société Africa Digital Power créée 2009, je souhaite implanter des incubateurs de start-up en Afrique centrale. Les jeunes pousses qui possèdent des projets innovants ne manquent pas sur le continent et il est regrettable que la majorité des pays de la région (RDC, Congo, Guinée équatoriale, Gabon, etc.) négligent la révolution numérique, laissant place de manière angoissante et prévisible à une néo-colonisation numérique américaine ou asiatique. Les gouvernements semblent réfractaires au digital. Pourtant, est-il bien raisonnable de penser que l’avenir se fera sans économie numérique ? Je suis pour que cette région tant critiquée pour la longévité au pouvoir de ses présidents montre l’exemple et fasse un réel saut numérique en passant d’une 3G défaillante à une 5G ultra-performante.

« Un vieux sage assis voit toujours mieux qu’un jeune homme debout ». Mais il est temps que la gouvernance africaine invite la jeunesse du continent à s’asseoir à ses côtés pour partager les expériences ensemble et construire main dans la main l’Afrique de demain. Voilà  mon ambition !