Riche en ressources indispensables à l’économie mondiale, la République démocratique du Congo (RDC) s’affirme comme un acteur incontournable de la transition énergétique. Si le pays affiche une croissance soutenue, son développement dépendra néanmoins de sa capacité à transformer sa rente minière en développement industriel, social et durable. Analyse macroéconomique
Une analyse de Marie-France Réveillard
Selon la Banque mondiale, le taux de croissance en République démocratique du Congo (RDC) atteignait 6,5 % en 2024, soutenu par des activités minières dynamiques, notamment dans l’exploitation du cuivre et du cobalt1. Malgré un recul en 2025, la croissance est restée forte. Elle est estimée « à 5,6 % en 2025, au-dessus de la moyenne de l’Afrique subsaharienne projetée entre 3,8 % et 4,1 % », se félicitait Félix-Antoine Tshisekedi, le président de la RDC, dans un discours prononcé le 8 décembre dernier à Kinshasa, devant le Parlement.
« L’inflation a fortement diminué, passant de 11,7 % fin 2024 à 2,2 % en novembre 2025, la politique monétaire restant restrictive, dans un contexte de forte appréciation du franc congolais », indiquait pour sa part le FMI, en janvier 20262. Malgré une résilience évidente, les progrès en matière de réduction de la pauvreté et de création d’emplois restent modestes.
Les recettes fiscales de la RDC ne représentent que 12,5 % du PIB, contre une moyenne de 16 % en Afrique subsaharienne selon la Banque mondiale, qui recommande notamment, pour relever le défi d’une croissance inclusive et durable, de simplifier la politique fiscale, d’harmoniser les taux d’imposition, de remplacer les incitations fiscales basées sur le profit par des incitations basées sur les coûts, et d’améliorer la transparence et l’évaluation de ces incitations.
Une Croissance Tirée par le Secteur Minier
La croissance de la RDC repose essentiellement sur le secteur extractif, dopé par la demande mondiale en minerais critiques. Mais plus de 70 % de la population du pays vit sous le seuil de pauvreté. Ce paradoxe entre la croissance macroéconomique et l’amélioration tangible des conditions de vie s’explique notamment par le faible taux de transformation locale. Le secteur minier représente environ la moitié du PIB et la quasi-totalité des recettes en devises. Les grands projets miniers – aux mains de groupes internationaux (citons Glencore, CMOC Group Limited, Ivanhoe Mines, Barrick Gold…) – soutiennent la croissance et les recettes publiques, mais renforcent la dépendance du pays aux cycles des matières premières.
Parallèlement, la RDC dispose de près de 80 millions d’hectares de terres arables, 4 millions de terres irrigables, dont 1 % seulement cultivé, selon la FAO3. L’agriculture paysanne occupe 70 % de la population active, mais ne contribue qu’à 20 % du PIB environ, freinée par une faible productivité et un déficit infrastructurel. Enfin, le secteur des services pèse un tiers du PIB, mais il progresse plus rapidement, grâce au secteur des transports et des télécommunications.
Transformation Locale : la Clé d’un Développement Inclusif ?
Conscient des limites du modèle extractif, le pays cherche à transformer ses matières premières localement, à travers des projets industriels comme Ivanhoe Mines, à l’origine de la mise en service d’un four de fusion sur le site de Kamoa-Kakula, qui devrait être en mesure de produire jusqu’à 500 000 tonnes de cuivre raffiné par an d’ici 2027. D’autres initiatives, portées par Eurasian Resources Group ou Buenassa Resources, visent la production locale de cuivre cathodique et de cobalt de qualité. Les autorités développent par ailleurs des zones économiques spéciales pour attirer des industries manufacturières, créer des emplois formels et réduire la dépendance aux importations, notamment à Maluku, au nord de Kinshasa.
Son potentiel minier fait de la RDC une destination attractive aux yeux des partenaires étrangers tels que la Chine dont les échanges bilatéraux ont atteint 34 milliards de dollars sur les huit premiers mois de 2025, selon les douanes chinoises. Les entreprises chinoises sont également très présentes dans les infrastructures, l’énergie et les projets industriels, à l’image de Kinshasa Industrial City.
De son côté, l’Union européenne (UE) renforce sa présence à travers l’initiative « Global Gateway » et son partenariat stratégique sur les matières premières critiques. Entre 2021 et 2024, l’UE et ses États membres ont mobilisé plus de 400 millions d’euros pour soutenir la transformation locale, la gouvernance des ressources et les infrastructures.
Relever les Défis Structurels Majeurs
Pour asseoir son développement, la RDC devra relever plusieurs défis, à commencer par le déficit énergétique, le manque d’infrastructures de transport, l’instabilité sécuritaire persistante à l’est du pays et les faiblesses de sa gouvernance. Le FMI et la Banque mondiale insistent sur la nécessité d’améliorer le climat des affaires et la transparence dans la gestion des revenus miniers pour garantir le succès de l’industrialisation. Afin de mobiliser davantage de capitaux tout en valorisant ses actifs, un Fonds souverain d’investissement stratégique a par ailleurs vu le jour en 2025, chargé d’investir dans les actifs jugés prioritaires du pays.
La RDC se trouve à un tournant de son histoire, à l’heure où la transition énergétique mondiale renforce la valeur de ses ressources minières. Sa capacité à transformer sa richesse minérale en base industrielle, en emplois et en prospérité partagée déterminera si la croissance actuelle marque une rupture durable, ou si elle ne fait que prolonger un modèle extractif aux retombées limitées.
1. Réévaluer les incitations fiscales : le rendez-vous manqué des promesses de croissance et d’équité, Banque mondiale, 29 juillet 2025.
2. IMF Executive Board Completes the Second Review under the Extended Credit Facility Arrangement and the First Review under the Resilience and Sustainability Facility Arrangement for the Democratic Republic of the Congo, janvier 2026.
3. Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.

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