La création d’emplois est au cœur de la stratégie du Groupe de la Banque mondiale. De toutes les régions, c’est l’Afrique qui sera confrontée, au cours des trois prochaines décennies, à la croissance la plus rapide de la population en âge de travailler. Avec jusqu’à 12 millions de jeunes entrant chaque année sur le marché du travail, alors que seulement 3 millions d’emplois formels sont créés, le fossé entre les ambitions et les opportunités réelles ne fait que grandir. En tant que branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, la Société financière internationale (SFI) permet aux entreprises de toutes tailles — source de 90 % des emplois sur le continent — de se développer et d’embaucher. Analyse de Henrik Elschner Pedersen, directeur régional de la SFI pour l’Industrie manufacturière, l’Agribusiness et les services.
Comment la SFI soutient-elle l’industrie manufacturière, l’agribusiness et les services pour créer des emplois et offrir des perspectives aux jeunes ?
Henrik Elschner Pedersen : L’industrie manufacturière, l’agribusiness et les services représentent environ 60 % du PIB et des emplois en Afrique. Ces secteurs constituent l’ossature du travail de la SFI sur le continent. Depuis 2021, la SFI a engagé et mobilisé en Afrique plus de 7,2 milliards de dollars pour l’industrie, près de 3,5 milliards pour l’agribusiness et environ 3,8 milliards pour les services, y compris dans les secteurs de la santé, du logement et du tourisme.
Quelques exemples : en Tunisie, un investissement réalisé en 2024 dans la société Hicha aide les producteurs de tomates à améliorer leurs rendements en les connectant à un transformateur moderne qui approvisionne les marchés régionaux. Au Nigéria, la SFI a structuré en 2023 un financement de 1,3 milliard de dollars pour Indorama Eleme Fertilizers, qui soutient l’industrie du pays en transformant du gaz produit localement en engrais. Au Togo, un autre investissement pionnier de la SFI en 2024, accompagne la croissance de Star Garments et devrait créer 2 500 emplois d’ici 2030.
Depuis 2021, la SFI a engagé et mobilisé en Afrique plus de 7,2 milliards de dollars pour l’industrie, près de 3,5 milliards pour l’agribusiness et environ 3,8 milliards pour les services, y compris dans les secteurs de la santé, du logement et du tourisme.

Comment la SFI renforce-t-elle les chaînes de valeur agricoles en Afrique ?
H.E.P. : L’agriculture est essentielle à la création d’emplois et à la croissance en Afrique, ce qui en fait une priorité pour le Groupe de la Banque mondiale. Lors des Assemblées annuelles 2025, nous avons lancé AgriConnect, une initiative phare visant à transformer l’agriculture en moteur d’emplois et de croissance, et à renforcer la sécurité alimentaire. L’objectif est de doubler les financements mondiaux destinés à l’agribusiness et au développement agricole pour atteindre 9 milliards de dollars par an d’ici 2030, et de mobiliser 5 milliards supplémentaires auprès d’investisseurs privés — dont une part importante sera destinée à l’Afrique.
L’objectif est de doubler les financements mondiaux destinés à l’agribusiness et au développement agricole pour atteindre 9 milliards de dollars par an d’ici 2030, et de mobiliser 5 milliards supplémentaires auprès d’investisseurs privés…
Voici à quoi cela peut ressembler en pratique pour les entreprises et les agriculteurs. En Zambie, un investissement de 35 millions de dollars en 2022 dans Zambeef, le principal producteur alimentaire intégré du pays, a permis de renforcer la chaine du froid ainsi que les normes de sécurité alimentaire, offrant ainsi un débouché à 8 000 agriculteurs. Au Malawi, en 2025, la SFI a accordé un prêt indexé sur la monnaie locale de 36 millions de dollars à Illovo Sugar pour développer ses opérations et améliorer la gestion des flux d’eau et d’énergie. Libellé en kwacha, ce prêt a réduit les risques de change. Dans la même région, la Banque mondiale (IBRD) soutient le Shire Valley Transformation Program, qui permet à ces mêmes producteurs qu’Illovo Sugar relie aux marchés d’avoir un meilleur accès à l’eau pour leurs cultures. Cela illustre la complémentarité entre nos volets publics et privés — un véritable esprit « One World Bank Group ».
Quels outils et partenariats la SFI utilise-t-elle pour mobiliser le capital privé dans l’industrie et les services ?
H.E.P. : Nos instruments financiers réduisent les risques et renforcent la confiance à long terme. Ainsi les prêts thématiques financent-ils des projets répondant à des critères spécifiques, par exemple environnementaux. Dans les prêts ‘développement durable’, des objectifs de performance sont fixés qui, s’ils sont atteints, vont déterminer le coût effectif de l’emprunt. Dans le cas de la facilité de financement de 155 millions de dollars annoncée en 2022 pour le leader hôtelier Orascom Development Egypt, le taux d’intérêt est ajusté en fonction de trois facteurs : la réduction de l’énergie non renouvelable, l’amélioration de l’efficacité de l’eau et enfin l’obtention de certifications de construction durable pour ses hôtels.
Par ailleurs, nous travaillons via des partenariats qui améliorent l’environnement opérationnel des investisseurs. À travers notre soutien aux zones économiques spéciales — notamment le Lagos Free Zone au Nigeria et la Dawa Industrial Zone de LMI Holdings au Ghana — la SFI contribue à combler les déficits d’infrastructures tout en assurant un plus large accès à des installations industrielles modernes, ce qui attire des investisseurs privés et renforce les exportations.
Au-delà du financement, comment la SFI aide-t-elle les entreprises à s’intégrer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales ?
H.E.P. : Les services de conseil et l’expertise technique de la SFI visent à lever les obstacles qui limitent la capacité des secteurs et des entreprises à se développer. Dans l’agribusiness, nos équipes travaillent conjointement avec des acheteurs mondiaux et des fournisseurs locaux pour renforcer les normes de qualité et de durabilité. Par exemple, en 2022, la SFI a associé investissement et conseil dans un package de 18 millions de dollars pour Robust International au Nigéria, afin d’améliorer la qualité du sésame livré à l’entreprise et d’augmenter les revenus des agriculteurs.

Comment les investissements de la SFI dans le logement, le commerce de détail et le tourisme soutiennent-ils une croissance inclusive ?
H.E.P. : Dans le secteur de la construction et de l’habitat, nous soutenons les promoteurs et les industries associées afin de combler un déficit estimé, en Afrique, à 90 millions de logements. Au Kenya, la SFI a investi 20 millions de dollars dans Centum Real Estate, un partenariat qui permettra de livrer près de 2 000 logements écoénergétiques d’ici 2029. En 2025, la SFI a également annoncé un prêt équivalent à 25 millions d’euros en monnaie locale pour l’expansion du promoteur marocain Addoha en Côte d’Ivoire. La SFI a aussi effectué des investissements majeurs dans le ciment, notamment 242 millions d’euros un financement ‘développement durable’ pour Sococim Industries, au Sénégal, afin de réduire les émissions de CO₂ de sa production de plus de 300 000 tonnes par an.
Le commerce de détail est aussi un moteur essentiel de croissance. Notre investissement phare pour l’introduction en bourse de Boxer Superstores en Afrique du Sud en 2024 pourrait générer jusqu’à 20 000 emplois grâce à l’expansion du réseau et des chaînes d’approvisionnement.
Enfin, le tourisme retrouve son dynamisme sur le continent. En Afrique subsaharienne, notre partenariat de 117 millions de dollars avec le fonds hôtelier Kasada Capital Management, basé en Afrique du Sud, permet de moderniser des hôtels à Abidjan et à Nairobi — finançant des rénovations et des formations qui soutiennent les économies locales. Le Groupe de la Banque mondiale accompagne également le développement des infrastructures au Cap-Vert afin d’aider le pays à exploiter pleinement son potentiel touristique.
