Yero Sarr, 23 ans, a fondé en 2018 l’antenne sénégalaise de « Fridays For Future », mouvement écologiste mondial né des grèves des jeunes pour le climat. Au moment où le Sénégal s’apprête à rejoindre le club des pays producteurs d’hydrocarbures, le jeune activiste multiplie les actions de protestation contre les projets fossiles. Tout en sensibilisant sur l’avancée du désert, l’érosion côtière, la déforestation, entre autres combats.
Par Harley Mckenson-Kenguéléwa
Issu d’une fratrie de huit enfants élevés par des parents commerçants, Yero Sarr a grandi à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire. En 2010, alors qu’il a 9 ans, la crise postélectorale ivoirienne incite ses parents à l’envoyer au Sénégal, dont est originaire la famille. Sur place, Yero semble déjà manifester une préoccupation marquée pour l’intérêt collectif. « Très jeune, dit-il, mon rêve était de devenir avocat. J’étais animé par la volonté de défendre les droits des plus démunis et de lutter contre les injustices. Durant mes études, mes aptitudes se sont révélées aussi bien en littérature qu’en physique-chimie. Au fil du temps, c’est cette dernière discipline qui a pris le dessus dans mes choix académiques ». Entre-temps, surgit en Suède le phénomène Greta Thunberg qui, à seulement 16 ans, se hisse au statut de « rock star écolo ». Consternée par l’inaction des dirigeants de son pays face à l’urgence climatique, elle décide en août 2018 d’initier une « grève de l’école » chaque vendredi, jour où elle manifeste devant son parlement, pancarte en main. Rapidement, son action déborde les frontières suédoises, notamment après son discours poignant à la COP24 de Katowice (Pologne) en décembre 2018. Depuis, sous son impulsion, les grèves pour le climat se multiplient à travers la planète, que ce soit à Berlin, Paris, Londres… ou Dakar, même si la mobilisation est encore faible au Sénégal.

« Il est temps que le débat climatique occupe une place centrale dans nos discussions et dans l’arène politique »
Scientifique Et Militant
Yero Sarr raconte : « Le déclic pour mon engagement a été le documentaire américain Avant le déluge (Before the Flood), sorti en 2016. Parallèlement, les prises de parole médiatiques de Greta Thunberg ont profondément influencé ma décision de m’engager ». C’est ainsi qu’il co-fonde la branche sénégalaise de « Fridays for the Future », pour « adapter la mission de ce mouvement aux réalités locales ». Puis, afin d’étendre encore davantage ce combat, il fonde « Act on Sahel » [mobilisation des jeunes pour sauver le Sahel du désastre climatique, NDLR] et intègre dans la foulée les « Young Afro Climate Warriors ». Dakar, Yamoussoukro, Casablanca, Sharm El Sheikh, Paris… Les voyages s’enchaînent, les conférences et colloques aussi, ce qui n’empêche pas Yero Sarr de poursuivre ses études – il prépare un master en management de projet à l’Ascencia Business School de Dakar –, jonglant entre ses cours et ses actions militantes. Déjà titulaire d’un baccalauréat en sciences expérimentales et d’une licence en physique-chimie/sciences de la matière, il envisage même un second master, en physique- chimie. Pour lui, ces deux facettes de son parcours – académique et associative – sont complémentaires : « La compréhension des principes scientifiques et techniques renforcera ma capacité à sensibiliser efficacement les autres et à plaider en faveur de pratiques écologiques durables ». Lutte contre la pollution plastique des mers, promotion de l’agroécologie, plaidoyers contre les énergies fossiles, alertes sur l’impréparation des États africains face aux migrations climatiques… : le militant écologiste est sur tous les fronts, lui qui préside par ailleurs la Jeune Chambre internationale universitaire (JCIU) « Dakar Espoir ». En 2022, son engagement est particulièrement remarqué lors des consultations pour le Rapport national sur le climat et le développement au Sahel, établi en collaboration avec la Banque mondiale. La même année, il rejoint le classement Forbes des 30 jeunes Africains de moins de 30 ans les plus influents. Deux ans plus tard, l’agenda du jeune activiste ne désemplit pas. Alors que le Sénégal se positionne comme un futur producteur de gaz très courtisé (notamment par l’Allemagne), grâce au gisement gazier de Grand-Tortue Ahmeyim, l’activiste a créé avec l’Allemande Luisa Neubauer, de « Fridays for Future » Germany, une nouvelle alliance baptisée «Senegal Germany people’s Alliance for Climate Justice». Celle-ci exige davantage de soutien de l’Allemagne pour le passage du Sénégal aux énergies renouvelables, à même selon Yero Sarr « d’assurer l’autosuffisance énergétique, de stimuler l’économie locale et de préserver l’environnement », le pays bénéficiant d’un potentiel solaire et éolien très élevé. À l’inverse, « l’exploitation du pétrole et du gaz s’ajoute à la liste des menaces qui pèsent sur notre environnement marin et côtier, ainsi que sur la santé de la population sénégalaise », met-il en garde.

Promouvoir Les Énergies Renouvelables
Outre les projets pétroliers et gaziers du Sénégal, d’autres sujets le préoccupent : l’avancée du désert, la déforestation, l’érosion côtière… Mais si sa voix à l’étranger est de plus en plus audible, son combat suscite au Sénégal encore bien des incompréhensions, voire des critiques parfois violentes. C’est dire le courage qu’il lui faut pour inlassablement expliquer, convaincre, mobiliser. Pourtant, Yero Sarr se dit plus que jamais armé pour les défis qui l’attendent. « Il est temps que le débat climatique occupe une place centrale dans nos discussions et dans l’arène politique, souligne-t-il. Il ne s’agit plus d’un sujet à garder secret, mais d’un enjeu qui concerne chacun d’entre nous ». Car l’Afrique a elle aussi son mot à dire sur le changement climatique. Si elle n’est responsable que de 3,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre dans le monde, elle subit de plein fouet les effets dévastateurs de sécheresses et d’inondations de plus en plus sévères. Yero Sarr l’affirme : « Cette lutte-là doit être menée par un Africain, parce que c’est nous qui sommes les plus lésés ».










