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SoftPower : Ils Font Briller La Guinée

Acteurs, écrivains, chanteurs, scientifiques… Les femmes et les hommes dont il est question ici s’imposent comme des passeurs de culture, des bâtisseurs de ponts, qui font rayonner leur terre natale bien au-delà des frontières. À la fois connectés à leurs racines et tournés vers l’ailleurs, ils donnent à voir et à entendre une Guinée vivante, plurielle, dont ils sont les précieux ambassadeurs.

Par Olivia Yéré Daubrey et Dounia Ben Mohamed


BLACK M I RAPPEUR, CHANTEUR, ACTEUR

De Sexion d’Assaut aux scènes les plus emblématiques d’Europe, Alpha Diallo – alias Black M – s’est imposé comme l’un des visages majeurs du rap francophone. Né à Paris en 1984 de parents originaires du Fouta Djalon, l’artiste puise dans ses racines guinéennes une inspiration profonde qu’il distille dans ses textes et ses engagements. Révélé au sein du collectif Sexion d’Assaut, aux côtés de Gims et Lefa, il entame une carrière solo fulgurante avec l’album Les Yeux plus gros que le monde (2014), porté par le tube planétaire « Sur ma route ». Entre rythmes urbains, mélodies métissées et storytelling puissant, Black M incarne une nouvelle génération d’artistes qui brouille les frontières entre cultures, genres et continents. Ses projets successifs – Éternel Insatisfait, Il était une fois, La Légende Black – témoignent de son éclectisme artistique et de son désir constant de se réinventer. En parallèle, il explore la télévision (The Voice Belgique), le cinéma, et plus récemment la boxe anglaise, toujours avec cette ambition de repousser les limites. Depuis plus d’un an, il porte également «Destination Guinée », un projet sociétal à la croisée de la culture et de l’éducation, dont le premier volet met l’accent sur l’environnement. Fier de ses origines, il multiplie les collaborations avec des artistes guinéens comme Soul Bang’s ou Straiker, et défend une image forte et contemporaine de la Guinée dans l’espace francophone. Black M est bien plus qu’un rappeur : il est un passeur de culture, un créateur de ponts, et un ambassadeur du softpower africain.


YAYA BARRY I CHEFFE

En Guinée, parler de gastronomie sans évoquer Yaya Barry devient presque impossible. Formée en cuisine et pâtisserie en France après des études en Guinée, elle rentre à Conakry avec un rêve ambitieux : structurer l’excellence culinaire locale. En 2015, elle fonde Kamy EGG, première école guinéenne de gastronomie, qui propose une formation intensive – 90 % pratique – aux jeunes désireux d’embrasser les métiers de bouche. Plus de 800 élèves y ont déjà été formés, nombre d’entre eux trouvant un emploi ou créant leur propre entreprise. Cuisinière-pédagogue, entrepreneuse sociale, elle milite pour une cuisine saine, moderne et enracinée. Sa devise ? « Nous sommes ce que nous mangeons. » À travers son restaurant d’application Le Jacquier, ainsi que ses cours, émissions TV, ateliers pour enfants et actions de conseil, elle réhabilite des recettes guinéennes oubliées, et les réinvente avec les codes de la gastronomie contemporaine. Du fonio au lait de coco au hamburger d’igname, en passant par des cookies au sorgho, ses créations célèbrent la richesse des produits du terroir. Elle nourrit une ambition claire : valoriser les traditions culinaires africaines sur la scène mondiale, et contribuer à l’émergence d’une nouvelle élite gastronomique guinéenne.


PAUL POGBA I FOOTBALLEUR INTERNATIONAL

Il a grandi dans une cité de Seine-et-Marne, rêvant ballon au pied, avant de faire chavirer les stades du monde entier. Paul Pogba, enfant de la diaspora guinéenne, a marqué son époque bien au-delà des terrains. De la Juventus à Manchester United, en passant par le titre mondial de 2018 avec les Bleus, son parcours mêle puissance, vision du jeu et flair spectaculaire. Star planétaire au charisme naturel, Pogba est aussi une figure culturelle : icône des réseaux sociaux, ambassadeur d’un style afro-urbain affirmé, et désormais engagé dans des projets sportifs et créatifs. Malgré les blessures, les controverses et une suspension qui a failli tout arrêter, il est revenu, fidèle à lui-même. En 2025, son retour en Ligue 1 avec l’AS Monaco marque une nouvelle page. Au-delà du palmarès – Coupe du monde, Ligue Europa, titres de Serie A –, c’est sa résilience qui inspire. Entre déferlantes médiatiques et tempêtes personnelles, Pogba n’a jamais cessé de se relever. Avec ses racines profondément ancrées dans la Guinée de ses parents, il symbolise la fierté d’une jeunesse noire qui s’élève, crée, et rayonne. Un leader générationnel, à la croisée du sport, du style et de l’héritage.


ABOU SANGARÉ I MÉCANICIEN ET ACTEUR

Il n’avait ni papiers, ni réseau, ni plan de carrière. Juste une voix calme, un regard désarmant, et une histoire aussi brute que bouleversante. En février 2025, Abou Sangaré, 23 ans, devient la Révélation masculine de l’année aux César pour son rôle dans L’Histoire de Souleymane, où il incarne un livreur à vélo sans papiers. Un personnage de fiction qui frôle l’autobiographie. Né à Sinko, dans le sud-est de la Guinée, Abou quitte son pays à 15 ans pour tenter de soigner sa mère malade. De l’Algérie à la Libye, de la Méditerranée à Amiens, il survit, travaille, obtient un bac pro en mécanique, puis un BTS. Son rêve ? Travailler dans un garage. Mais le destin en décide autrement. Lors d’un casting improvisé, il est repéré par Boris Lojkine, qui adapte son scénario à la réalité d’Abou. Cannes 2024 s’enflamme : prix d’interprétation Un Certain Regard, ovation debout. Puis viennent les European Film Awards, où il devance Ralph Fiennes et Daniel Craig. Sans formation théâtrale, sans agent, il délivre une performance d’une justesse bouleversante. Il incarne une génération invisible, et donne un visage à ceux qu’on n’écoute pas. Régularisé en janvier 2025, après sept ans de combat, il reste pourtant fidèle à son premier amour : la mécanique. « Le cinéma m’a aidé, mais le garage où je travaille aussi », répète-t-il, comme un refus de se laisser piéger par les projecteurs. Abou Sangaré ne court pas après la gloire. Il porte, sans fard, l’honneur des humbles et la dignité des exilés. Une véritable icône du softpower guinéen, par la seule force du vécu.


SAIFOND BALDE I CHANTEUR, AUTEUR ET COMPOSITEUR

Originaire de Labé, Saifoulaye Baldé – connu sous le nom de Saifond – est l’un des artistes guinéens les plus prometteurs de sa génération. D’abord danseur, puis rappeur au sein du groupe Révolution 24 à Conakry, il découvre sa voie musicale en solo en 2017 avec Djiwo Atchou Mi hidhè. Mais c’est Naturel, sorti deux ans plus tard, qui marque un tournant décisif : ce titre pose les fondations de son style unique, l’afro-pastoral, un subtil mélange d’afrobeat contemporain et de rythmes traditionnels du Fouta Djalon. Son authenticité séduit un public large, bien au-delà des frontières guinéennes. Il enchaîne les tubes, fonde son propre label Mintigui Prod, puis foule les scènes de Dakar, Bissau, Bruxelles, Londres ou encore Paris. Son premier album, Sabou No Weli, lancé en 2022 lors d’un concert au stade Général Lansana Conté, confirme son statut d’étoile montante. Sacré plusieurs fois Meilleur artiste masculin aux Victoires de la musique guinéenne, Saifond est le porte voix d’une nouvelle génération qui conjugue modernité, racines et rayonnement international. Sa tournée européenne en 2023 puis ses derniers singles (Hakill, ODHO, M’y Chocolaté Remix) traduisent son désir de bâtir une passerelle entre cultures, héritage et pop urbaine. À seulement 28 ans, il incarne une ambition artistique façonnée par le collectif, la persévérance et une vision claire : faire entendre, depuis Labé, une Guinée plurielle et innovante.


DJELYKABA BINTOU KOUYATÉ I MUSICIENNE, CHANTEUSE ET COMPOSITRICE

Héritière d’une lignée de griots, Djelyikaba Bintou – de son vrai nom Bintou Kouyaté – a su élever son héritage familial au rang d’icône musicale. Née à Fria, en Guinée, cette chanteuse et compositrice est aujourd’hui l’une des voix féminines les plus influentes de l’afropop d’Afrique de l’Ouest. Formée au commerce international, elle choisit pourtant la scène comme terrain d’expression. En 2017, son premier album M’ma Affaire Mara pose les bases d’un style hybride et audacieux : entre rythmes mandingues, zouk romantique et afrobeat. Deux ans plus tard, Love Story consacre une artiste à la sensibilité assumée et à la popularité croissante. Par ailleurs, sa signature au sein de la maison de disques Keyzit depuis octobre 2020 marque un tournant majeur dans l’essor de sa carrière internationale. Multipliant les tournées entre Conakry, Bamako, Abidjan, Paris ou Monrovia, Djelykaba impose sa marque : des textes ancrés, une présence scénique magnétique, et une voix à la fois puissante et douce. Ses clips cumulent des millions de vues sur YouTube, et son titre La Patronne devient un hymne de fierté féminine, salué par France 24. En 2025, elle remporte les trophées de meilleure artiste francophone aux Bénin Showbiz Awards et meilleure artiste d’Afrique de l’Ouest au Prix international des musiques urbaines et du coupé-décalé (Primud). Ambassadrice d’une musique guinéenne moderne et féminine, Djelykaba Bintou transforme chaque scène en manifeste culturel. Une diva connectée à ses racines, résolument tournée vers l’avenir.


TIERNO MONÉNEMBO I ÉCRIVAIN

Depuis plus de quatre décennies, Tierno Monénembo construit une œuvre littéraire aussi puissante qu’exigeante, où l’exil, l’histoire coloniale, la mémoire et la résistance africaine se croisent avec une rare acuité. Né en 1947 à Porédaka, en Guinée, il fuit le régime de Sékou Touré en 1969, franchissant les frontières à pied. De Dakar à Lyon, en passant par Abidjan, ce scientifique de formation devenu écrivain aura traversé bien des frontières – géographiques, politiques et mentales.
Auteur d’une quinzaine de romans salués par les prix les plus prestigieux, dont le Renaudot en 2008 (Le Roi de Kahel), il mêle fiction et rigueur historique pour éclairer des figures oubliées de la mémoire africaine, comme Addi Bâ (Le Terroriste noir), héros peul de la Résistance française. Sa plume explore les blessures de l’Afrique contemporaine tout en questionnant les liens entre diasporas, traditions et modernité. Installé en Normandie, il reste profondément enraciné dans les combats de son pays. Ses tribunes engagées, notamment après le massacre du 28 septembre 2009 à Conakry ou contre les dérives autoritaires successives, font de lui bien plus qu’un romancier : une conscience. Avec Saharienne Indigo (2022), il braque cette fois son regard sur les femmes africaines, à travers des récits de courage et d’émancipation. Écrivain de l’ailleurs et de l’intime, Tierno Monénembo fait rayonner l’Afrique en lettres capitales, dans toutes les langues du monde.


ALPHA KABINET KEITA I VIROLOGUE ET MICROBIOLOGISTE

Au carrefour de la recherche, de la formation et de la gouvernance universitaire, Alpha Kabinet Keita s’affirme comme l’un des visages majeurs de la diplomatie scientifique en Afrique de l’Ouest. Formé entre Conakry, Marseille, Dakar et Montpellier, ce médecin-microbiologiste guinéen a choisi de consacrer sa carrière à l’anticipation des épidémies, en misant sur une approche transdisciplinaire et locale. Depuis l’épidémie d’Ebola, il développe, au sein du CERFIG, des projets de détection précoce des virus émergents. Directeur du laboratoire de virologie du CERFIG, chercheur à l’Unité de Recherche TransVIHMI (IRD, INSERM, Université de Montpellier) et recteur de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, il multiplie les chantiers d’excellence, de la formation des jeunes chercheurs à la structuration de partenariats internationaux. Lauréat du Prix Christophe Mérieux 2025 aux côtés du Pr Abdoulaye Touré, il fait rayonner une vision exigeante et ancrée de la santé mondiale, où l’Afrique se positionne non plus comme simple bénéficiaire de solutions, mais comme source d’innovation et de leadership.


ABDOULAYE TOURÉ I ENSEIGNANT-CHERCHEUR ÉPIDÉMIOLOGISTE

À 48 ans, le Pr Abdoulaye Touré s’impose comme une référence africaine dans la gouvernance de la santé mondiale. Pharmacien-épidémiologiste de formation, passé par Nancy, Lyon, puis TransVIHMI (IRD, INSERM, Université de Montpellier), il dirige aujourd’hui le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (CERFIG). C’est avec une vision systémique qu’il conçoit les crises sanitaires : dans ses écrits comme dans ses projets, il défend l’approche intégrée « One Health », anticipant les futures pandémies en analysant la cohabitation entre humains, faune sauvage et environnement. C’est cette expertise, nourrie d’expérience de terrain pendant Ebola et la Covid-19, qui lui vaut de coprésider la plateforme PRISME Guinée, tout en conseillant plusieurs instances africaines et internationales. En 2025, il reçoit avec le Pr Alpha Kabinet Keita le prestigieux Prix Christophe Mérieux, qui salue leurs recherches pionnières sur les zoonoses émergentes. Auteur d’une centaine de publications scientifiques, il enseigne, forme, et impulse de nouveaux partenariats entre universités africaines et européennes. Pour ce bâtisseur discret mais influent, la science ne vaut que si elle transforme les sociétés. Et la sienne est en pleine mutation.


ABLAYE MBAYE I ENTREPRENEUR CULTUREL

Producteur, visionnaire et infatigable promoteur de la scène urbaine, Ablaye Mbaye façonne depuis plus de deux décennies les contours d’une culture guinéenne moderne, audacieuse et influente. Cofondateur du mythique groupe Degg J Force 3, il a porté haut les couleurs d’un hip-hop panafricain engagé, avant d’élargir son impact à l’ingénierie culturelle et à l’entrepreneuriat créatif. À la tête de Meurs Libre Prod (MLP) et de plusieurs autres entreprises, Ablaye Mbaye orchestre une dynamique artistique transcontinentale, initiant festivals, tournées et productions emblématiques. Avec le projet « La Guinée Notre Paradis » et à travers l’initiative présidentielle « Branding Guinée Laguinëfé », il réconcilie fierté nationale et narration contemporaine, faisant de la culture un levier d’unité et de rayonnement. Commissaire de la première Biennale de Guinée (#BIEGUIP) en 2025, il inscrit désormais la Guinée dans la cartographie des grandes capitales culturelles africaines. Sa vision dépasse les frontières artistiques : SIGUI, son nouveau média 360° réunissant Sigui TV, Sigui Radio et l’application Sigui, une plateforme de streaming musical, ambitionne de structurer toute l’économie musicale nationale. Parallèlement, son ONG MSD multiplie les actions sociales, tandis que son engagement contre la migration clandestine illustre son sens de la responsabilité citoyenne. Entre culture, business et impact social, Ablaye Mbaye incarne une nouvelle génération d’acteurs culturels africains aussi stratèges que profondément enracinés.


GAZO I RAPPEUR

Rien ne prédestinait Ibrahima Diakité (alias Gazo) à devenir l’un des artistes les plus influents de sa génération. Né à Châteauroux dans une famille originaire de Boké, élevé entre foyers et squats, Gazo transforme l’adversité en force créative. Porte-voix d’une jeunesse désabusée, il introduit la drill – genre sombre et mélodique venu de Chicago via Londres – dans le paysage musical francophone, imposant sa marque dès 2021 avec la mixtape Drill FR, double disque de platine. Artiste aux multiples facettes, Gazo enchaîne les succès : KMT (triple platine), La Mélo est Gangx avec Tiakola (platine), et en 2024 Apocalypse, son premier album solo, propulsé numéro 1 du Top Albums France dès sa sortie. En parallèle, il bâtit un véritable empire culturel : marque de vêtements, tournois de basket, projet de manga, showcases à guichets fermés. Avec plus de 8 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify, des featurings internationaux (Offset, Fally Ipupa, Orelsan) et une Flamme de l’artiste masculin deux années consécutives, Gazo incarne le softpower d’une diaspora créative, ancrée en Afrique et rayonnant à l’international. Lauréat du prix de l’artiste guinéen de la diaspora en 2024, il devient un ambassadeur culturel de son pays d’origine – une figure qui inspire une nouvelle génération à transformer les blessures en puissance artistique.


SALÉMATOU SAKO CAMARA I STRATÈGE EN COMMUNICATION D’IMPACT

À la croisée de la stratégie, de la responsabilité sociale et de la fierté continentale, Salématou Sako Camara construit une communication de conviction. Fondatrice de saKom, l’une des agences les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, elle déploie depuis Conakry une vision exigeante : faire de chaque prise de parole une action d’impact. En 2025, elle signe une série d’opérations stratégiques, de la pose de la première pierre du futur siège d’Ecobank Guinée au Guinea Oil & Gas Roundtable, en passant par la Rencontre des entrepreneurs francophones à Brazzaville, en République du Congo, ou le rebranding de l’Administration et contrôle des grands projets (ACGP). En parallèle, elle orchestre des événements à portée symbolique forte, comme la campagne nationale sur la santé mentale ou encore la 4ᵉ édition du Business Talk Afrique, placée sous le sceau du leadership panafricain. Reconnue Femme guinéenne de l’Année 2025 par le le Forum pour la Croissance Inclusive en Afrique (FOCIA), elle représente aussi la Guinée à l’Expo Universelle d’Osaka, où elle affirme une parole ambitieuse et généreuse, ancrée dans l’excellence africaine. Entre forums francophones, campagnes de sensibilisation et alliances stratégiques, Salématou Sako fait de la communication une force motrice, au service d’un continent qui affirme sa voix. Une voix qu’elle porte haut – avec méthode, vision et humilité.


DJÈNÈ DEEN KOUYATÉ I PRODUCTRICE AUDIOVISUELLE, ENTREPRENEUSE CULTURELLE

Fille du célèbre griot guinéen Mory Djély Deen Kouyaté, surnommé « Bélébéléba » pour sa voix de ténor mandingue, Djènè Deen Kouyaté est née avec la tradition dans le sang. Mais c’est dans le champ des médias qu’elle a choisi de faire vibrer sa voix. « Je suis griotte de naissance, mais j’ai toujours dit à papa que je perpétuerais son nom à travers le micro », confie-t-elle. Après un baccalauréat littéraire, une licence en droit public et un MBA en ressources humaines (IPAC), elle fonde en 2014 son agence Jose Prod – pour « oser produire » – avec l’ambition de structurer le paysage médiatique guinéen. Dès 2009, elle avait déjà posé les premières pierres de sa vision en animant la webTV Star Night, consacrée aux talents émergents. Entre héritage et innovation, Djènè Deen Kouyaté incarne une nouvelle génération de passeuses de culture : ancrée dans la mémoire, mais tournée vers l’avenir. Femme de conviction et entrepreneuse culturelle, elle s’impose aujourd’hui comme l’une des voix qui comptent pour faire rayonner la Guinée à travers des contenus qui allient enracinement, excellence et audace.


THIONE NIANG I FERMIER, ENTREPRENEUR SOCIAL ET CONSEILLER STRATÉGIQUE

De Dakar à Conakry en passant par Washington, Thione Niang trace sa route comme un catalyseur de changement. Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, il a rapidement compris que pour transformer l’Afrique, il fallait agir à la fois sur le terrain et dans les sphères de décision. « Aller à Washington, c’était une nécessité. Tout cela m’a permis de revenir et d’aider le continent à grandir », confie-t-il, évoquant son expérience aux États-Unis aux côtés de Barack Obama, où il a appris les rouages de la politique, de la diplomatie et de l’entrepreneuriat international. Ce parcours, de l’Afrique aux États-Unis et en Europe, lui offre une vision globale qu’il met au service du développement africain, en combinant stratégie, innovation sociale et action concrète sur le terrain. Panafricaniste convaincu, il rappelle : « L’Afrique a tous les atouts, mais il faut changer notre façon de penser et croire en nos propres valeurs ». Fondateur de l’organisation mondiale Give1Project, il mobilise ressources et talents pour des projets éducatifs, sanitaires et entrepreneuriaux à fort impact en Afrique et dans la diaspora. Sa capacité à identifier des besoins locaux et à proposer des solutions durables a trouvé un écho dans les plus hautes sphères du pouvoir.


BELLA BAH I ARTISTE SÉRIGRAPHE

Parti de Guinée à l’adolescence, Bella Bah transforme les ruptures en lignes de force. À 23 ans, ce jeune artiste plasticien séduit la scène contemporaine par son style singulier, fait de portraits multicolores, de masques stylisés et de regards vibrants. Sa dernière exposition, à la galerie Sylvia Rielle à Paris, confirme une ascension discrète mais assurée. Formé en arts graphiques à Nîmes et en sérigraphie chez Anagraphis, Bella Bah joue avec les teintes comme d’autres jouent avec les mots. Dans sa palette, chaque nuance est choisie pour raconter l’émotion plus que l’apparence. Loin des stéréotypes identitaires, son œuvre explore une humanité universelle. Son parcours migratoire, souvent évoqué, n’est pas son sujet central, mais un prisme : celui d’un regard posé sur le monde avec tendresse, profondeur et audace. À travers ses créations, il célèbre la beauté des trajectoires atypiques, la force du silence, la mémoire des origines. Engagé pour le dialogue interculturel, il utilise la peinture comme un langage qui traverse les frontières. Chaque toile est une invitation : à voir autrement, à ressentir plus loin. Dans le paysage artistique guinéen et diasporique, Bella Bah apporte une voix singulière, visuelle, poétique. Et surtout, une promesse : celle d’un art qui lie, au lieu de diviser.


MANAMBA KANTÉ I GRIOTTE, CONTEUSE, COMPOSITRICE, INTERPRÈTE ET CHANTEUSE

Elle porte un nom chargé d’histoire, mais c’est par la force de sa voix et la justesse de son verbe que Manamba Kanté s’est imposée comme l’étoile montante de la musique mandingue. Fille du légendaire Mory Kanté et de la griotte Nalla Camara, elle puise à la source d’une double lignée d’oralité et de musique pour tracer un chemin singulier, entre tradition et affirmation contemporaine. Révélée au grand public en 2012, puis lauréate du concours Africa Stop Ebola en 2015, elle livre en 2019 un premier album intitulé Nany Baly – une déclaration d’estime de soi qui fera date. Sur les scènes de Montpellier, Lille ou Paris, elle affirme sa capacité à parler au monde sans renier ses racines. Avec son dernier album, Mousso (« femme » en bambara) qui parle de la résilience et la force des figures féminines, elle a réuni plus de 30 000 personnes en Guinée. À travers ses chansons, qu’il s’agisse de reprises en poular, d’hommages à son père ou de messages directs à ses détracteurs, Manamba Kanté construit une œuvre qui embrasse la complexité du féminin, entre douceur et résistance. Lauréate des African Women Awards en 2021, finaliste RFI en 2020, elle affirme un art de la réappropriation : celui d’une griotte moderne, connectée, influente. Par sa plume et sa présence, elle redonne au mot « héritage » ses lettres de noblesse : vivant, mouvant, profondément actuel.


SÉKOU DIAWARA I ENTREPRENEUR ÉVÈNEMENTIEL

Il incarne cette génération d’entrepreneurs culturels qui œuvrent en coulisses mais modèlent les imaginaires à grande échelle. Depuis plus d’une décennie, Sékou Diawara crée des passerelles entre scènes, culture et continents. De l’événementiel à la direction artistique de projets internationaux, il réunit les forces créatives pour faire de chaque initiative un lieu de connexion, d’expression et de rayonnement. Animé par une énergie visionnaire, il s’est imposé comme l’architecte d’un mouvement culturel qui a marqué une génération : « African Money », une initiative devenue manifeste identitaire, célébrant l’excellence noire et l’unité d’une jeunesse africaine mondialisée. Avec ce concept emblématique, il a fédéré plus de 150 000 personnes, lancé des tournées afro-luxueuses sur quatre continents et offert des scènes sur mesure aux géants du son africain. Aujourd’hui, en véritable bâtisseur de ponts, il œuvre à la création d’une Agence pour les industries culturelles et créatives au Bénin, convaincu que l’Afrique ne doit plus seulement consommer sa culture, mais la produire, l’exporter et la monétiser. Consultant recherché, facilitateur naturel et fin connaisseur des dynamiques diasporiques, Sékou Diawara relie les créateurs, les institutions et les marchés. Son parcours rappelle que la culture n’est pas un simple divertissement, mais un levier stratégique d’influence et de développement économique. Et qu’il est temps que l’Afrique investisse pleinement cette puissance.


LAMINE CAPI KAMARA I ÉCRIVAIN, ROMANCIER, ESSAYISTE

À 85 ans, Lamine Capi Kamara reste l’une des voix les plus puissantes de la littérature guinéenne contemporaine. Écrivain, essayiste et ancien prisonnier politique, il a traversé les décennies comme on traverse un feu : sans fuir, mais en écrivant.
Sa plume, sobre et percutante, s’est d’abord trempée dans l’épreuve carcérale. Dans ses récits, la violence d’un régime se heurte à l’ironie du survivant. L’univers de l’horreur n’efface jamais l’humanité : ses personnages rient, aiment, espèrent – même derrière les barreaux. De Safrin ou le Duel au fouet à L’ex-ministre ou Mariame Waraba, écrit en détention, son œuvre explore la mémoire politique de la Guinée avec rigueur et émotion. Mais plus qu’un témoin, il est devenu passeur : de douleur, de dignité, et d’idéal. Ex-ministre et pilier du projet « Conakry, Capitale mondiale du livre », Lamine Capi Kamara a aussi été reconnu en 2024 comme Trésor humain vivant par le Centre d’innovation et de recherche pour le développement (CIRD). Ce statut, plus qu’honorifique, salue un homme dont l’engagement pour la démocratie, la cohésion nationale et l’unité africaine dépasse la littérature.


SOUL BANG’S I CHANTEUR

À la croisée du RnB, des sonorités mandingues et d’un engagement citoyen assumé, Soul Bang’s s’est imposé comme une voix phare de la scène musicale guinéenne contemporaine. Né à Conakry en 1992, il découvre très tôt sa vocation, loin des attentes familiales. Enfant autodidacte, nourri aux influences de Craig David ou R. Kelly, il forge dès l’adolescence un style hybride, profond et mélodique. Dès son premier album, Dimedi, il séduit par une identité vocale singulière et rafle ses premiers prix. Depuis, le chanteur guinéen n’a cessé de gravir les échelons : Évolution, Cosmopolite, Yelenna, et son dernier album La victoire Chapter 1 sorti en juillet 2025. À chaque étape, il allie exigence artistique, ouverture linguistique – il chante en sossou, malinké, poular, français et anglais – et désir de résonance panafricaine. Lauréat du Prix Découvertes RFI en 2016, Soul Bang’s porte haut les couleurs de la Guinée sur les scènes internationales. Des campagnes contre Ebola aux collaborations avec Black M ou sa compagne Manamba Kanté, il multiplie les projets ancrés dans la réalité sociale tout en affirmant une esthétique globale. Avec plus d’une décennie de création et des millions de streams, il est devenu une figure du softpower guinéen. Sa musique parle d’amour, de mémoire, de dignité. Et son ascension témoigne d’une génération d’artistes qui bâtissent des ponts entre tradition, modernité et influence mondiale.


HAKIME 224 I TIKTOKEUR, HUMORISTE, COMÉDIEN

En à peine trois ans, Mamoudou Barry – alias Hakime 224 – s’est imposé comme une figure centrale de l’humour digital ouest-africain. Ancien coiffeur installé à Dakar, il transforme en 2021 son quotidien en sketchs courts et percutants, publiés sur TikTok. Le succès est immédiat. Aujourd’hui, avec plus de 20 millions d’abonnés, il figure parmi les créateurs les plus suivis du continent. Sa signature ? Des vidéos de « courses-poursuites » burlesques, des saynètes décalées, un humour physique à la fois universel et enraciné. Il mêle les accents, les codes sociaux, les traits culturels guinéens et ouest-africains pour créer un langage comique transfrontalier. Sur YouTube, il dépasse les 3 millions d’abonnés. Invité sur les plateaux de la BBC, de TV5Monde ou dans des galas panafricains, Hakim devient l’un des visages d’une génération qui réinvente la scène en ligne. Mais derrière les éclats de rire se cache une ambition claire : faire rayonner la Guinée au cœur des plateformes mondiales. Il revendique sa place dans l’histoire de la comédie guinéenne comme héritier d’une 4e génération, tout en y ajoutant son format, son tempo, sa modernité.


MHD I RAPPEUR, CHANTEUR, ACTEUR

En l’espace de quelques années, Mohamed Sylla, alias MHD, a bouleversé les codes du rap français. Né en 1994 d’un père guinéen et d’une mère sénégalaise, il grandit dans le 19e arrondissement de Paris. Très tôt, il forge un style singulier : l’afro trap. Un mélange inédit de musiques africaines et de hip-hop, devenu viral avec sa série Afro Trap sur YouTube. En 2016, son premier album éponyme est certifié triple disque de platine, porté par le soutien de figures comme Madonna, Drake ou encore les joueurs du PSG. MHD devient rapidement un phénomène : il foule la scène de Coachella, enflamme les grandes scènes africaines, est reçu à l’Élysée lors de la visite du président guinéen, et décroche un contrat avec la marque Puma. Il lance son propre label, Nenso Music, et se fait une place au cinéma dans Mon Frère. Mais cette ascension fulgurante est brusquement freinée par une affaire judiciaire qui le conduit à la détention. Après plusieurs années de procédure, il est condamné en appel en 2025. Malgré cette chute, son influence reste indéniable. Précurseur d’un son devenu incontournable dans les diasporas africaines, MHD a ouvert une voie artistique que beaucoup empruntent aujourd’hui.Son parcours, à la croisée de l’audace créative et des réalités sociales, continue de faire écho. Entre lumière et zones d’ombre, MHD reste un marqueur fort du softpower guinéen à l’échelle mondiale.


MORY KANTÉ I CHANTEUR, MUSICIEN

De son village d’Albadaria à la scène de Central Park, Mory Kanté a traversé le siècle comme un éclaireur musical, reliant la tradition millénaire des griots mandingues aux ondes planétaires du dancefloor. Fils d’un chef griot, initié au balafon et à la kora dès l’enfance, il transforme sa double culture en force créatrice. À Bamako, puis à Abidjan, il expérimente les métissages les plus audacieux : rock, funk, salsa, instruments traditionnels et synthétiseurs. Une audace qui aboutira à un raz-de-marée en 1987 : Yéké Yéké, premier tube africain à conquérir les classements européens.Mais derrière le succès planétaire, Mory Kanté porte un projet plus vaste : celui de revaloriser les racines mandingues et de faire dialoguer les cultures. Il fonde des ballets, orchestres et studios en Guinée, imagine un centre de formation artistique, milite contre l’apartheid et pour la francophonie. Griot du XXIe siècle, il fait de la scène un lieu de mémoire et d’unité, fidèle à ses origines tout en épousant les sons du monde. Jusqu’à sa disparition en 2020, il aura défendu une vision de l’Afrique puissante, joyeuse et inspirante. Ses mélodies traversent encore les générations, portées par une énergie solaire et un message d’espoir. Avec lui, la kora a parlé toutes les langues – et la Guinée a dansé sur toutes les scènes.



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