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Mégane Kouna, PDG de la société gabonaise Talex : « L’Absence de contrôle dans le secteur minier fait perdre plus de 50 Milliards de francs CFA de revenus par an à l’État gabonais »

Sous-déclarations des volumes de minerais extraits, exonérations fiscales, suivi quasi inexistant des exportations… Au Gabon, le secteur minier est affecté par une kyrielle de mauvaises pratiques. Alors que le pays s’impose comme le deuxième producteur mondial de manganèse, une jeune pousse, Talex, prône la mise en place d’un système de contrôle moderne, indépendant et intégré, pour rétablir la transparence et la fiabilité dans la production minière. Les explications de sa PDG, Mégane Kouna.

Propos recueillis par Nadoun Coulibaly


Forbes Afrique : Burkina Faso, Mali, RDC, Guinée… Plusieurs Pays ont Négocié des Contrats Miniers ou sont en Passe de le Faire. Qu’en est-il de la Situation au Gabon ?

Mégane Kouna : À l’évidence, cette tendance gagne le Gabon : politique minière ajustée, volonté de renforcer la valeur ajoutée locale et la transparence dans la gestion des ressources. Le pays a ainsi adopté un nouveau cadre réglementaire et s’est réinscrit dans l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Désormais, l’objectif est clair : transformer localement les minerais au lieu de les exporter à l’état brut. L’interdiction, à partir de 2029, de l’exportation du manganèse non transformé, pousse les opérateurs à investir dans des infrastructures industrielles locales. Parallèlement, le gouvernement poursuit la signature et la renégociation de contrats miniers, en mettant l’accent sur la transparence, la création d’emplois et la modernisation du cadre d’exploitation. Cette démarche, qui s’inscrit dans une dynamique panafricaine de souveraineté minière, place le Gabon dans une trajectoire de transformation structurelle de son économie minière, à l’instar du Burkina Faso, du Mali ou de la RDC.


Concrètement, Comment l’État Gabonais peut-il s’y Prendre Face aux Compagnies Minières ?

M. K. : La reprise en main du secteur minier gabonais passe d’abord par un audit complet des contrats existants et des flux financiers afin d’identifier les déséquilibres et les pertes de revenus. L’État doit ensuite renforcer sa capacité de négociation en mobilisant des juristes, fiscalistes et ingénieurs indépendants pour renégocier les conventions minières sur des bases équitables. Parallèlement, le gouvernement peut revoir le cadre fiscal et douanier pour augmenter les redevances, limiter les exonérations injustifiées et instaurer une taxe sur les profits exceptionnels.

Enfin, il lui revient de renforcer sa participation dans les projets miniers à travers une société publique performante, tout en exigeant la transparence sur les paiements et les contrats. Pour cela, la mise en place d’un contrôle de production et environnemental rigoureux, ainsi que la publication des données minières permettront d’asseoir la légitimité de l’État et de garantir une exploitation des ressources réellement au service du développement du Gabon.

« La reprise en main du secteur minier gabonais passe d’abord par un audit complet des contrats existants et des flux financiers afin d’identifier les déséquilibres et les pertes de revenus »


Quelle est l’Ampleur du Manque à Gagner pour l’État, Faute de Contrôle Transparent et Fiable sur la Production Minière ?

M. K. : Pour le seul secteur aurifère – dominé par l’orpaillage –, les mines à petite échelle et les mauvaises pratiques font perdre environ 50 milliards de francs CFA [environ 76 millions d’euros, NDLR] par an à l’État gabonais. En raison de la sous-déclaration de volumes, des exonérations fiscales, des clauses de stabilisation ou encore d’un suivi quasi inexistant des exportations, une part importante de ces revenus échappe au trésor public. Selon les estimations, les pertes liées à ces faiblesses de contrôle pourraient dépasser 80 milliards de FCFA par an si l’on inclut l’ensemble du secteur minier gabonais.

En d’autres termes, l’État gabonais perd chaque année plusieurs dizaines de milliards de francs CFA faute d’un système de contrôle efficace, transparent et automatisé de la production, du transport et de la commercialisation des minerais.

« Pour le seul secteur aurifère – dominé par l’orpaillage –, les mines à petite échelle et les mauvaises pratiques font perdre environ 50 milliards de francs CFA [environ 76 millions d’euros, NDLR] par an à l’Etat gabonais »


Quelles en Sont les Difficultés ? Et les Défis ?

M. K. : Le manque de transparence et de fiabilité sur la production minière au Gabon freine à la fois la bonne gouvernance, le développement économique et la souveraineté nationale sur les ressources.

 « Sans traçabilité, il est difficile de vérifier le respect des normes de sécurité, des plans de réhabilitation ou des engagements vis-à-vis des communautés riveraines »

D’abord, outre le manque à gagner financier, ces faiblesses créent un déséquilibre d’information entre l’État et les compagnies minières. Les autorités disposent de données incomplètes ou approximatives sur les volumes réellement extraits, exportés et vendus, ce qui rend impossible un calcul juste des redevances et impôts dus. Ce déficit d’information affaiblit considérablement la capacité de l’État à défendre ses intérêts économiques.

Sur le plan institutionnel, l’absence de contrôle fiable mine la crédibilité de l’administration minière. Les rapports contradictoires entre les ministères, les sociétés d’exploitation et les autorités locales alimentent la méfiance et donnent une image d’instabilité réglementaire qui décourage les investissements responsables.

Ce manque de transparence a aussi des conséquences sociales et environnementales. Sans traçabilité, il est difficile de vérifier le respect des normes de sécurité, des plans de réhabilitation ou des engagements vis-à-vis des communautés riveraines. Il en résulte souvent des tensions sociales, des dégradations environnementales non compensées et un sentiment d’injustice au sein des populations locales.

Enfin, sur le plan stratégique, l’absence de données fiables empêche l’État de planifier efficacement la transformation locale et de négocier des partenariats équilibrés avec les investisseurs étrangers. Cela maintient le pays dans une dépendance à l’exportation de matières brutes et retarde la mise en œuvre d’une véritable souveraineté sur ses ressources.

 « Sur le plan stratégique, l’absence de données fiables empêche l’État de planifier efficacement la transformation locale et de négocier des partenariats équilibrés avec les investisseurs étrangers »


Créée en 2022, votre société, Talex, propose d’assurer le contrôle de la production minière. En quoi consiste ce contrôle, concrètement ?

M. K. : Les enjeux de la méthode proposée par Talex pour le contrôle de la production minière sont d’ordre économique, stratégique et politique, car elle vise à restaurer la souveraineté nationale sur les ressources naturelles.

« Notre approche permet à l’État de connaître en temps réel et continu les volumes extraits, transportés et exportés, grâce à un système intégré de suivi des opérations minières »

Notre approche permet à l’État de connaître en temps réel et continu les volumes extraits, transportés et exportés, grâce à un système intégré de suivi des opérations minières. Ce contrôle automatisé et indépendant garantit la traçabilité complète de la production, limitant ainsi les risques de fraude, de sous-déclaration et de manipulation des données techniques.

De plus, notre méthode renforce la transparence financière et fiscale : elle relie les données de production aux recettes fiscales attendues, permettant de comparer les chiffres déclarés par les compagnies minières avec ceux issus du contrôle technique de terrain. Cela permet à l’État de recouvrer ses droits réels, d’augmenter ses recettes et de sécuriser durablement les flux financiers issus du secteur extractif.


En d’Autres Termes, vous Prônez une Révolution dans la Gouvernance Minière ?

M. K. : Notre approche redonne à l’administration minière le pouvoir de décision et de supervision. En disposant d’informations fiables, l’État devient capable de renégocier ses contrats, de planifier ses politiques minières et d’imposer des règles de transformation locale fondées sur des données vérifiables. Finalement, au-delà de la dimension économique, l’enjeu est souverain : il s’agit de faire en sorte que l’exploitation des ressources minières serve d’abord le développement national, dans le strict respect environnemental et des communautés locales.

« Au-delà de la dimension économique, l’enjeu est souverain : il s’agit de faire en sorte que l’exploitation des ressources minières serve d’abord le développement national »

En d’autres termes, la méthode Talex ne se limite pas à un contrôle technique, mais constitue un outil de gouvernance qui redonne à l’État le contrôle réel de son sous-sol et la valeur qu’il génère.


Comment la Reprise en Main du Contrôle peut-elle Favoriser la Souveraineté sur l’Exploitation de ces Ressources Naturelles, telle que Prônée par le Président Oligui ?

M. K. : Le Gabon, en tant que deuxième producteur mondial de manganèse, détient un levier stratégique majeur pour renforcer sa souveraineté économique. La reprise en main du contrôle de la production minière constitue ainsi un instrument essentiel pour concrétiser la vision du président, qui veut que l’exploitation minière profite avant tout à la nation.

En établissant un contrôle rigoureux, transparent et indépendant de la production, l’État peut disposer enfin de données exactes sur les volumes réellement extraits et exportés, ce qui met fin aux sous-déclarations et aux pertes de recettes fiscales. Cette maîtrise de l’information est la première condition d’une souveraineté réelle : un pays ne peut gérer efficacement ses ressources que s’il connaît précisément ce qu’il produit et ce qu’il perçoit.

Mieux, ce contrôle permet à l’État de renforcer sa position dans la chaîne de valeur. En sachant combien de minerai est produit, où et par qui, le gouvernement peut imposer des obligations de transformation locale, encourager la création d’usines de traitement et favoriser les entreprises nationales dans la logistique, la maintenance et les services miniers.


Quelle Place faut-il Justement Accorder à la Transformation Locale ?

M. K. : La transformation locale doit être le socle de la stratégie minière du pays, qui exporte encore une grande partie de son manganèse à l’état brut. De fait, la plus grande part des bénéfices de transformation (emplois industriels, fiscalité dérivée, etc.) est captée à l’étranger. En favorisant la transformation localement, le Gabon pourrait multiplier la valeur ajoutée de ses ressources par trois ou quatre, tout en stimulant le développement de compétences locales et son industrialisation.

« En favorisant la transformation localement, le Gabon pourrait multiplier la valeur ajoutée de ses ressources par trois ou quatre »

Concrètement, la transformation locale doit devenir une exigence réglementaire progressive, contenue dans les contrats miniers et appuyée par un cadre incitatif : zones industrielles dédiées, partenariats public-privé, facilités d’accès à l’énergie et aux infrastructures. Ainsi, le Gabon pourra véritablement passer du statut d’exportateur de matières premières à celui de nation industrielle souveraine.



1.Talex est une filiale du holding d’investissement XLVIII Capital, fondé par Frédéric Aloli, jeune entrepreneur gabonais également à la tête de la société EIT Group, spécialiste en électricité, instrumentation et Télécoms pour les industriels et les majors pétrolières.

 


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