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Luc Okalobe, Concepteur d’un Cloud Souverain Africain Dédié à l’Intelligence Artificielle

Après quinze ans passés au cœur de la Silicon Valley, où il a façonné et supervisé les infrastructures des géants de la tech, Luc Okalobe est rentré en République du Congo avec une mission : bâtir le premier cloud africain. Avec Yamify, première plateforme d’IA cloud en Afrique, il veut offrir au continent le contrôle de ses données et l’autonomie technologique face aux géants américains.


Installé aujourd’hui à Pointe-Noire, sa ville natale, le parcours de Luc Okalobe s’est écrit au cœur de la Silicon Valley, où pendant plus de quinze ans, il a œuvré comme ingénieur cloud pour les géants de la technologie (Apple, IBM, Pinterest, Yahoo Salesforce, TikTok…). Là-bas, il a vu naître des infrastructures colossales, les a vues tenir… et parfois céder. « La plupart des clouds sont puissants, mais pas résilients. En Afrique, la réalité impose autre chose : il faut un cloud qui survit aux coupures, aux pannes et aux contextes imparfaits », explique l’ingénieur.

Avec Yamify, Luc Okalobe donne corps à cette vision. Sa plateforme de cloud souverain, basée sur l’intelligence artificielle, est conçue pour fonctionner là où rien n’est garanti : coupures d’électricité, réseaux instables, contraintes structurelles. Un cloud qui tient quand le reste s’arrête. À travers cette entreprise, il poursuit une ambition : permettre aux États africains et à leurs entreprises de garder leurs données sur le continent et de construire, face aux géants américains du numérique, une véritable autonomie technologique.


Le Rêve Américain

Cette discipline intérieure l’incite très tôt à envisager un avenir au-delà des frontières congolaises. Après un baccalauréat scientifique obtenu à Pointe-Noire, il quitte le Congo pour la France. Il intègre d’abord l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, puis poursuit ses études à Strasbourg, tout en travaillant la nuit pour financer sa formation chez Supinfo. En 2006, une opportunité de stage à San Diego, comme ingénieur PHP dans une entreprise de marketing Internet, bouleverse sa trajectoire. Il découvre les États-Unis et une industrie technologique en avance de plusieurs années sur l’Europe. « C’est un ami basé à San Diego qui m’avait parlé de cette opportunité. J’y ai effectué un stage, qui s’est transformé en emploi. On m’a proposé un visa de travail, un salaire annuel de 60 000 dollars. »

Après quelques mois, il retourne en France, sans rompre pour autant le lien avec son employeur américain. Il poursuit son activité à distance tout en achevant ses études. « C’était la première fois de ma vie que je travaillais à distance », rappelle-t-il. De retour aux États-Unis, il enchaîne les expériences dans des entreprises pionnières du marketing digital et du e-commerce, gérant des centaines de sites web et se confrontant très tôt aux enjeux de performance, de fiabilité et de montée en charge.

La crise financière de 2008 marque un tournant brutal. Il perd son emploi et frôle la perte de son visa. « Je ne pouvais pas toucher d’aides. Et pour garder mon visa, il fallait un Bachelor. Officiellement, je n’en avais pas. » Les professeurs américains reconnaissent toutefois son expérience professionnelle et valident l’équivalence de son parcours, lui permettant de rester aux États-Unis et trouver un nouvel emploi. « Je n’avais jamais cherché de travail aux États-Unis auparavant. C’était la première fois. »


Au Cœur de la Silicon Valley

Luc Okalobe rebondit rapidement. À partir de 2009, sa carrière s’accélère. Il rejoint Adobe, puis Yahoo, où il découvre le cloud computing à grande échelle. « Mon rôle consistait à rendre les logiciels comme Photoshop ou Acrobat utilisables à grande échelle, en assurant performance, stabilité et sécurité. Un ingénieur logiciel écrit du code. Un ingénieur cloud garantit que ce code ne s’arrête jamais. » Cette expertise devient sa signature.

Il rejoint ensuite Apple et travaille sur le cloud de l’Apple Watch, au moment où le géant de la tech devient, en 2015, la première entreprise à atteindre 1 000 milliards de dollars de valorisation. « Peu après, toute l’équipe a été dissoute », indique Luc Okalobe. Les licenciements collectifs, les projets abandonnés et les restructurations brutales lui révèlent une réalité sans fard : la loyauté n’existe pas dans les grandes entreprises technologiques.

En 2015, la première entreprise à atteindre 1 000 milliards de dollars de valorisation.

Il rentre alors en France, avant de repartir aux États-Unis, où il rejoint Salesforce, puis une fintech qui entre en bourse. Chez Adobe, Apple, puis Salesforce, il se forge une expertise rare : celle de la fiabilité des infrastructures technologiques. Il tente ensuite de créer sa propre start-up, mais la pandémie de Covid frappe et ses économies s’épuisent.


Jongler Entre Six Emplois

Après une longue période de recherche d’emploi, il est recruté par Pinterest et commence à travailler à distance. D’autres entreprises suivent rapidement, jusqu’à ce qu’il cumule six postes simultanément, jonglant entre autant d’ordinateurs et de réunions quotidiennes. Sur le papier, l’exercice semble simple ; dans les faits, il est d’une exigence extrême.

Cet argent est presque entièrement réinvesti au Congo, dans l’immobilier et la formation. En 2022, il quitte TikTok, dernier grand nom de la Silicon Valley à figurer sur son parcours, et rentre définitivement au Congo. Il découvre alors que les données africaines sont massivement hébergées hors du continent. « Chez TikTok, j’ai découvert quelque chose de fondamental : leur cloud reposait largement sur des outils open source, gratuits. Je me suis dit : Ils ont créé leur propre cloud, sans dépendre des Américains. »

Il se consacre alors à former de jeunes talents, organise des conférences et fonde Okalabe School, une structure privée de formation par la pratique, avant de se recentrer sur l’infrastructure cloud elle-même. Fort de cette conviction, il s’associe à son ami de longue date, Mike Kabangu, et ensemble ils créent Yamify : un cloud autonome dédié à l’intelligence artificielle, conçu pour fonctionner sans dépendance à des équipes DevOps, résilient, capable d’anticiper les pannes et de garantir la souveraineté des données.

Aujourd’hui, Yamify collabore avec des partenaires africains, notamment des data centers à Kinshasa, et accompagne ses premiers clients en Afrique centrale et aux États-Unis. Pour Luc Okalobe, bâtir un cloud africain n’est pas un simple projet technologique : c’est contribuer à un basculement historique, où l’Afrique ne sera plus seulement consommatrice, mais productrice de ses propres infrastructures critiques.



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