Directeur général de l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration signées entre la RDC et ses partenaires privés (APCSC), Freddy Yodi Shembo fait le point sur les missions et les réalisations de cette instance créée en mars 2022 pour accompagner les grands partenariats entre l’État et congolais et les partenaires privés, notamment dans les infrastructures de base et les ressources naturelles.
Propos recueillis par Pokou Ablé
Forbes Afrique : Quand vous Repensez à Votre Enfance au Sankuru, quels Éléments Ont le Plus Façonné votre Rapport au Travail, à l’Ambition et au Sens du Devoir ?
Freddy Yodi Shembo : Les moments de mon enfance au Sankuru ont été marqués par plusieurs choses, mais je me souviens plus particulièrement de la précarité et la pauvreté de certains amis d’enfance que je voyais autour de moi, alors que notre père nous mettait dans un confort protecteur. Je voyais par exemple certains enfants, surtout ceux de mon âge, peiner pour leur scolarité, confrontés à des difficultés indescriptibles. Un autre souvenir est celui de mon père s’investissant dans la recherche du bien des autres moins nantis. Ceci a forgé en moi le désir du bien-être collectif auquel je suis très attaché, eu égard à la volonté de mon père de résoudre les problèmes de la province du Sankuru à travers les travaux d’entretien des routes pour assurer la mobilité de ses véhicules. À l’époque, ceux-ci desservaient toute la province du Sankuru et assuraient notamment le transport de la plupart des écoliers.
Y a-t-il une Figure – Familiale, Académique ou Spirituelle – qui a Profondément Influencé votre Manière de Penser et de Décider ?
F. Y. S. : Effectivement. Mon père a profondément influencé ma manière de penser et de voir le monde. Je n’avais que 6 ans quand j’ai pris conscience qu’il assurait le transport et l’entretien des réseaux routiers dans toute la province du Sankuru. Et je n’avais que 17 ans quand il me confiait ma première mission : la paie des cantonniers dans une grande étendue de la province (presque la dimension de la Belgique). Ce fut là mon tout premier contact conscient avec la réalité d’un citoyen, acteur privé, qui se mettait au service de toute une communauté aux côtés de l’acteur public, « l’État ». Et je puis vous assurer que cela m’a vraiment imprimé le sens du devoir.
Vous avez Évolué Entre Droit, Conseil Stratégique et Négociation de Contrats Liés aux Ressources Naturelles : Qu’est-ce qui vous a Attiré vers cet Univers Complexe et Hautement Politique ?
F. Y. S. : En effet, c’est la recherche d’un équilibre entre l’immense richesse en ressources naturelles de mon pays, la RDC, et la pauvreté persistante qui frappe sa population. C’est, en fait, le désir de voir la fin de ce paradoxe : que les ressources naturelles puissent contribuer réellement au développement effectif et collectif.
Avez-vous Connu un Moment de Doute ou un Revers Majeur qui a Redéfini Votre Trajectoire Professionnelle ?
F. Y. S. : Moment de doute où un revers majeur ? Je dirais « non », bien que je sois conscient que la vie est faite de défis à relever chaque jour. Mais un moment majeur qui m’a plongé dans une réflexion profonde fut la renégociation du programme sino-congolais : le fait de voir les interactions institutionnelles, d’imaginer le rôle de chaque institution, et de mesurer le rôle ô combien stratégique de l’APCSC, ainsi que les défis du développement de la RDC. Ce fut donc pour moi un moment très décisif qui m’a réellement permis de saisir la portée significative de mes responsabilités dans le défi collectif du développement de ce pays.
« La construction des infrastructures de base est la condition essentielle à la transformation économique de tout pays »
Comment Décririez-vous Votre Style de Leadership Aujourd’hui : Technicien, Stratège, Bâtisseur Institutionnel… ou Autre ?
F. Y. S. : C’est un peu une combinaison de tout cela, mais j’ai plus un penchant pour le projet de développement et j’apporte mon expertise en tant que stratège, en soutenant la vision de S.E. Monsieur le président de la République, chef de l’Etat, qui est de toute évidence le véritable bâtisseur institutionnel.
Quelle Décision Difficile a le Plus Marqué votre Mandat à la Tête de l’APCSC ?
F. Y. S. : Les moments que j’estime les plus décisifs à la tête de l’Agence furent les moments des embauches. Ce n’était pas facile de faire des arbitrages face à la réalité d’un pays où le taux de chômage est exponentiel, alors qu’en même temps, il fallait absolument faire la sélection pour trouver parmi tous ceux-là les meilleurs. Mon côté pastoral a été mis à rude épreuve face à ce réalisme.
Comment Gérez-vous les Tensions Entre Impératifs Politiques, Attentes Économiques et Exigences Sociales ?
F. Y. S. : En négociant les conventions de collaboration et les projets de coopération qui vont davantage répondre aux attentes du peuple, étant donné que ces textes contribuent substantiellement au développement économique et social du pays. Les exigences sociales et attentes économiques sont en principe prises en compte dans le plan du gouvernement, lequel soutient le développement des infrastructures de base que l’APCSC est appelée à faire réaliser.
C’est justement dans ce cadre que nous sommes investis dans la reconstruction du pays pour en faciliter la connectivité. Dans le cadre du programme sino-congolais que nous coordonnons, nous sommes en train de construire un réseau de près de 2000 km de routes, sans compter des stades, aéroports et hôpitaux en milieux reculés, dans le but justement de répondre aux exigences de développement.
Comment Définissez-vous le Rôle Stratégique de l’APCSC dans la Transformation Économique de la RDC ?
F. Y. S. : Les enjeux de l’étendue territoriale de la RDC, figurez-vous, c’est 80 fois la Belgique et 4 fois la France métropolitaine. Le recours au développement national, fondé sur la mise en valeur des ressources naturelles et la réalisation d’infrastructures de base, illustre clairement le rôle stratégique de l’APCSC comme levier essentiel pour relier le potentiel du pays à la concrétisation de ses projets d’infrastructures.
Pour votre information, l’APCSC joue le rôle d’interface entre le gouvernement congolais et les partenaires privés dans les domaines évoqués précédemment. Il s’agit, en fait, d’un Guichet Unique qui connecte l’expression des besoins en développement des infrastructures de base du gouvernement congolais aux opportunités et à la disponibilité des partenaires privés, capables de mobiliser les financements colossaux nécessaires à cette finalité. Bref, l’APCSC constitue la plateforme affichée pour transformer le dispositif du potentiel de la RDC en réel cadre concret de mise en œuvre des projets structurants essentiels au développement tangible du pays.
Depuis votre Prise de Fonction, quels Résultats ou Indicateurs Concrets vous Permettent de Mesurer l’Efficacité de votre Action ?
F. Y. S. : Dès mon avènement à la tête de l’Agence, j’ai centré mon attention autour de certains objectifs clés. D’abord sur le plan structurel, il m’a fallu m’investir pour viabiliser l’Agence, un jeune établissement public sans repère ni référentiel par rapport à ses missions et ce, en le dotant d’un cadre organique opérationnel et d’un personnel adéquat. Ensuite, sur le plan institutionnel, il fallait asseoir l’Agence dans l’environnement institutionnel de la RD Congo, à travers une collaboration étroite avec toutes les autres structures et les ministères sectoriels impliqués d’une manière ou d’une autre dans la mise en œuvre de la convention de collaboration de 2008 relative au développement d’un projet de coopération conclu entre le gouvernement de la RD Congo et le Groupement d’entreprises chinoises. Ça, c’est au premier niveau.
Au deuxième niveau pesait la nécessité de maîtriser et de stabiliser le programme sino-congolais dont la relance a été réalisée après plusieurs années de stagnation et ce, en fédérant toutes les structures impliquées. Cela nous a permis de relancer plusieurs projets qui étaient à l’arrêt et d’en lancer d’autres qui sont en cours de réalisation.
Par ailleurs, dans le même ordre d’idée, et pour maintenir l’élan, je me suis fixé, avec toute mon équipe, un troisième objectif : celui d’accroître nos ambitions en recherchant d’autres conventions de collaboration, outre celle dite sino-congolaise, pour permettre à la RDC d’augmenter ses chances de développement socio-économique.
C’est justement en se livrant à ce noble exercice que nous avons pu négocier en faveur du gouvernement la conclusion d’une convention de collaboration ayant trait à l’extension de la ville province de Kinshasa, laquelle convention contribuera, dans sa première phase, à la construction d’une cité industrielle sino-congolaise.
Que Signifie, pour Vous, Transformer les Ressources Naturelles en Développement Durable et en Valeur Ajoutée Locale ?
F. Y. S. : Il y a pour moi deux aspects importants, tels que déjà tracés par la volonté de S.E Monsieur le président de la République. Premièrement, nous devons passer de la logique de l’extraction brute de nos ressources naturelles à celle de transformation locale avec une valeur ajoutée. Ce qui va contribuer à l’industrialisation du pays, à l’accroissement des revenus et à la formation de la main-d’œuvre locale par le transfert de technologie. Deuxièmement, nous devons adopter une philosophie telle que la valorisation de ressources naturelles doit servir au développement des infrastructures et faciliter ainsi l’interconnectivité de toutes nos provinces pour des échanges commerciaux.
Le Partenariat Sino-Congolais a été Renégocié et Relancé : Quels Équilibres Essentiels Avez-vous Cherché à restaurer ?
F. Y. S. : L’équilibre essentiel, c’est d’en faire un partenariat gagnant-gagnant dans le strict respect des obligations réciproques de toutes les parties prenantes au contrat et que chacune d’elle reçoive les gains mérités. Mais je dois tout de suite relever que durant cette renégociation, nous avons été confrontés à une réalité : la nécessité d’un audit technique et financier et de la certification des ressources minérales, gages d’un véritable rééquilibrage basé, non sur des appréhensions ou soupçons mutuels, mais sur des chiffres objectivement opposables à tous. C’est ici le lieu de vous annoncer que ces deux exercices sont actuellement en cours.
Comment Attirer Davantage d’Investissements Tout en Consolidant la Souveraineté Économique Nationale ?
F. Y. S. : Premièrement, nous avons fait nôtre le combat mené, sous l’impulsion du chef de l’État, contre la corruption. Deuxièmement, nous jouons notre rôle naturel d’accompagnement qui consiste à offrir des facilitations administratives. Enfin, nous nous appliquons à garantir la sécurité des investissements à travers un cadre juridique stable. Je prends pour preuve vérifiable le cas de KoBolds Metals, une entreprise américaine déjà opérationnelle en Zambie, qui tentait depuis un temps de pénétrer le marché congolais. Après plusieurs déboires, elle a bénéficié, par nos soins, d’un accompagnement conséquent à travers des facilités administratives en un temps record, sans aucune sollicitation coupable. Et KoBolds Metals est devenu, de ce fait, le premier à se lancer après la signature du deal USA-RDC.
Vous êtes Pasteur, en Parallèle de vos Responsabilités Publiques : Comment la Foi Influence-t-elle Votre Manière d’Exercer le Pouvoir et de Trancher dans des Situations Sensibles ?
F. Y. S. : Effectivement je suis pasteur et en cette qualité, ma foi m’impose les principes d’intégrité et d’équité, et me pousse constamment à la recherche du bien-être collectif.
Comment Définissez-vous Aujourd’hui la Réussite : Impact Institutionnel, Transformation Économique, Héritage Personnel ?
F. Y. S. : Je définis la réussite en termes d’impact institutionnel et de transformation économique. Je ne cesse de croire et proclamer que la construction des infrastructures de base est la condition essentielle à la transformation économique de tout pays. Ne dit-on pas que là où passe une route, le développement suit ?
À Horizon Dix ans, où Situez-vous la RDC dans la Compétition Économique Africaine ? Et quel Rôle Souhaitez-vous y Avoir Joué ?
F. Y. S. : Je suis convaincu qu’avec les réformes en cours et l’impulsion donnée par le chef de l’État, la RDC va devenir un grand hub en Afrique. Son potentiel économique, minier, environnemental et hydraulique est un atout qui la place au centre des enjeux économiques mondiaux.
Quant à mon rôle dans ce processus, je pense y contribuer par des négociations transparentes, crédibles au travers d’un suivi rigoureux et un accompagnement effectif de toutes les conventions de collaboration conclues entre le gouvernement de la RDC et les partenaires privés dans le but de doter le pays d’infrastructures de base nécessaires par la valorisation des ressources naturelles. Et nous contribuerons ainsi à la vision chère à son Son Excellence Monsieur le président de la RDC, celle d’un Congo retrouvé.
Le site : https://www.apcsc.gouv.cd/
