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Banques de RDC : le Pari de la Modernisation Financière

En République démocratique du Congo (RDC), le secteur bancaire reste modeste au regard du poids démographique et économique du pays. Le taux de bancarisation est deux fois plus bas que la moyenne continentale, selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale. Comment, dès lors, relever le défi de la bancarisation ?

Par Eileen Mapuma


« [L]e secteur financier est peu profond, avec une forte concentration bancaire et un accès aux services bancaires en deçà des moyennes régionales », estimait en 2024 le Fonds monétaire international (FMI) dans son Country Report sur la République démocratique du Congo, illustrant l’existence de défis persistants pour l’inclusion financière.

Pourtant, avec plus de 100 millions d’habitants et une économie portée par les minerais stratégiques, le pays dispose d’un potentiel bancaire immense. Mais la solidité du secteur financier reste encore limitée (accès restreint aux services bancaires, bancarisation réduite), et la RDC figure toujours parmi les pays les moins bancarisés du continent africain avec un taux de 27 % (services bancaires mobiles inclus) selon la base de données Global Findex 2025. Cette faiblesse s’explique par l’importance du secteur informel, la prédominance du cash, l’étendue du territoire et la faiblesse du réseau d’agences bancaires hors des centres urbains.


Dépasser les Fragilités Structurelles

Le pays compte une quinzaine de banques commerciales agréées par la Banque centrale du Congo (BCC), auxquelles s’ajoutent des institutions de microfinance et des établissements de monnaie électronique. À ce jour, le marché est fortement concentré entre Rawbank, EquityBCDC et Trust Merchant Bank.

Selon le FMI et la Banque centrale, les trois premières banques concentrent à elles seules près de la moitié des actifs et des dépôts du système, reflétant une structure singulièrement oligopolistique. Le système bancaire congolais évolue dans une économie fortement dollarisée : près de 80 % des dépôts et des crédits sont libellés en dollars américains. Cette situation limite l’efficacité de la politique monétaire et traduit une confiance limitée envers le franc congolais. La faiblesse du crédit à l’économie représente également un écueil majeur. L’encours de crédit représente environ 12 à 15 % du PIB, un niveau largement inférieur à la moyenne africaine. Les banques privilégient les grandes entreprises, notamment du secteur extractif, ainsi que les opérations liées aux marchés publics, au détriment des PME locales.


Nouvelle Loi Bancaire

Conscientes des limites de ce modèle, les autorités ont engagé une série de réformes. Adoptée en 2022, la nouvelle loi bancaire renforce ainsi les pouvoirs de résolution de la Banque centrale et modernise les règles de gouvernance. Avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD) et du FMI, la RDC poursuit un programme visant à consolider la stabilité macroéconomique, améliorer la transparence et développer le marché des titres publics.

« Le Conseil d’administration du FMI a conclu la première revue de l’accord au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) pour la République démocratique du Congo, reflétant le progrès des réformes structurelles du cadre économique, dont certains aspects touchent à la gouvernance financière et à la stabilité macroéconomique », estimait le FMI par voie de communiqué le 2 juillet 2025, indiquant des signaux positifs pour le secteur bancaire et l’accès au crédit.

Les autorités encouragent également l’« Agency Banking »1 afin d’étendre les services financiers dans les zones rurales, tout en accompagnant le paiement mobile (m-payment) et l’interopérabilité des services de monnaie électronique. Si les réformes en cours se consolident et que la stabilité macroéconomique se maintient, le secteur bancaire pourrait passer d’un système concentré et peu inclusif à un modèle plus diversifié, digitalisé et accessible au plus grand nombre.

1. Utilisation d’un réseau d’agents non bancaires (commerçants, détaillants, vendeurs de crédits téléphoniques, etc.) pour distribuer des services bancaires.



La Banque Mobile au Service de l’Inclusion Financière

En République démocratique du Congo, les services financiers mobiles (mobile money) constituent un moteur clé de l’inclusion financière. En 2025, le pays comptait près de 25 millions d’utilisateurs actifs de mobile money, confirmant la dynamique de croissance observée.

Entre le troisième trimestre 2020 et le troisième trimestre 2023, le nombre d’abonnements aux services financiers mobiles est passé de 6,59 millions à 21,67 millions, soit une croissance de 228,8 % selon les statistiques de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC). Simultanément, le taux de pénétration de l’argent mobile est passé de 7,5 % à 22,8 %. Cette expansion est liée à l’augmentation de la couverture mobile – avec la croissance des abonnements mobiles de 39,9 millions à 56,2 millions – et à l’introduction de nouvelles plateformes proposées par Vodacom, Orange, Africell ou Airtel. Malgré cette progression, la pénétration des services financiers mobiles reste encore relativement limitée par rapport au potentiel du marché. Même en intégrant les comptes de banque mobile, l’inclusion financière en RDC est inférieure à 30  %, selon la Banque mondiale. À titre de comparaison, 37  % des adultes africains ont un compte bancaire, et 60 % un compte mobile money*.

* Source : Afrobarometer, Who owns a bank account in Africa ? Predictors of financial access and implications for domestic capital mobilisation, décembre 2025.



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