Tribunes

La RSE au service du financement des PME africaines

Repenser le système en place du financement des PME en Afrique, pour mieux l’adapter aux besoins de notre environnement, est un enjeu économique majeur.

Elles représentent 90% des entreprises et 70% de l’emploi en Afrique subsaharienne, pour une contribution au PIB qui plafonne à 20%. L’importance des PME pour les économies africaines ainsi que leur potentiel sous-exploité ne sont plus à démontrer. Mais peut-on miser sur les initiatives en cours d’intégration régionale renforcée, sans la croissance inclusive et endogène de nos entreprises locales? L’accès et le coût du financement constituent toujours le principal frein cité par les patrons de PME africaines. De nombreux efforts ont été réalisés pour parer ce déficit de financement. Cependant, les résultats sur le terrain restent mitigés.
Les données montrent que les volumes de prêts aux PME sont plus limités, plus coûteux et présentent des maturités plus courtes dans les pays africains que dans les autres pays en développement. Sans garantie, les entreprises ne peuvent accéder aux crédits bancaires à un coût abordable. Les fonds de garantie tentent de pallier l’insuffisance de collatéraux disponibles. Mais dans un contexte réglementaire rigide, favorable au financement des grandes entreprises et des États, et donc totalement inadapté aux PME, les institutions financières peinent à faire évoluer leur approche du risque. Sans une réforme profonde du système financier, nous avons peu d’espoir de constater une amélioration.
La situation est tout aussi compliquée lorsqu’il s’agit de se financer en fonds propres. Les investisseurs semblent encore plus difficiles à attirer que les banques. L’Afrique subsaharienne, notamment francophone, est l’une des rares régions du monde délaissées par les fonds de capital-risque et autres fonds d’investissement dédiés aux PME. Quand ils sont présents, ces derniers s’intéressent à des montants d’investissement qui restent élevés (500000 dollars minimum), excluant de facto la majorité de ces entreprises. Dans un contexte d’asymétrie d’information, plus l’entreprise est petite, plus elle est risquée et difficile à financer. De plus, le cadre fiscal et réglementaire peine à stimuler le goût du risque des investisseurs individuels. Ici encore, une évolution des fondements institutionnels permettrait d’améliorer la communication de l’information et d’offrir une meilleure protection juridique de ces investisseurs.
Dans la plupart des cas, les capacités de gestion et d’absorption des ressources des PME africaines s’avèrent insuffisantes pour permettre une utilisation efficiente des financements proposés. Bien que les initiatives et les organismes d’accompagnement à la gestion se multiplient, les PME africaines y accordent peu, voire pas d’intérêt. Le caractère informel et familial de la plupart de ces entreprises constitue un obstacle à la structuration, et donc au financement. Nombreux sont les investisseurs potentiels qui considèrent ce manque de transparence et de professionnalisme comme un frein à leur engagement.
En revanche, les grandes entreprises sont très fortement sollicitées en Afrique subsaharienne pour du mécénat et des investissements sociaux communautaires. Pourquoi ne pas diriger ce capital vers la construction d’une chaîne de valeur durable qui, par la même occasion, renforcera le tissu économique national? L’accompagnement de l’émergence du secteur privé local contribue ultimement à la réduction de la charge qui pèse sur ces grandes entreprises en matière de création d’emplois et de contribution aux revenus de l’État. De même, plus agiles et plus ancrées localement, les PME africaines constituent un atout considérable pour les chaînes de valeur. Avec un accompagnement contractuel de ces PME qui limite le risque financier, légal et réputationnel pour la grande entreprise, cette démarche assurerait l’amélioration de la performance globale de l’ensemble de la chaîne.
Nous voilà avec une solution intégrée et durable qui assurerait le développement d’entreprises stables, contributrices à la croissance nationale et régionale. Qu’attendons nous pour commencer?

Vanesssa Adande* Fondatrice du cabinet de conseil Ellipsis