Tribune de Jean-Claude SAMNICK MBOMBUE Tribunes

Le KYC ou comment bien connaître ses clients

Depuis la crise financière de 2008, un acronyme est d’actualité dans le milieu bancaire, financier et économique : KYC, pour «Know Your Customer». Sa définition de manière prosaïque est l’action qui consiste à identifier ses clients, à les catégoriser pour mieux les connaître et à les évaluer en fonction de leur risque lors d’une entrée en relation.

À vrai dire, si la crise de 2008 (subprimes, faillite de Lehman Brothers, etc.) est souvent citée comme point focal du renforcement des contrôles sur les clients, l’origine de cette accentuation des règlements et de la création de listes noires remonte à 2001. Car le KYC s’accompagne de la LABT, la lutte anti-blanchiment et terrorisme. Il fallait pour les autorités des marchés identifier les circuits de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.
D’après l’ancien directeur d’Europol Rob Wainwright, «les banques dépensent 20 milliards de dollars par an pour gérer leur programme de conformité», mais seulement 1% des revenus d’origine criminelle sont saisis chaque année. Raison pour laquelle les autorités américaines, européennes et dans une moindre mesure africaines ont fait de la hausse des amendes une arme de dissuasion. Par exemple en Europe, la 4e directive relative à la lutte contre le blanchiment d’argent est l’une des plus radicales. Elle a renforcé les mesures de vigilance concernant la clientèle et la propriété effective.
Quand une entreprise présente un dossier de crédit ou fait une demande d’entrée en relation dans une banque comme fournisseur ou comme acteur dans un appel d’offres, les bénéficiaires effectifs (actionnaires et dirigeants) de la société sont recherchés et contrôlés. C’est le Customer Due Diligence, le principe du Know Your Customer, qui permet aussi de s’assurer que le client ne figure pas sur une liste de fraudeurs au fisc, ou n’a pas eu maille à partir avec la justice. Il y aura également une vérification pour s’assurer qu’il n’est pas sur la liste des sociétés finançant le terrorisme. Ces directives obligent aussi les États tiers à partager les informations sur leurs clients et les transactions à partir d’un certain seuil.
L’avantage pour une entreprise ou une administration est réel, cela permet de se prémunir contre le risque de réputation, mais aussi de déjouer les clients qui viendraient demander un crédit bancaire ou un crédit fournisseur et qui ne le rembourseraient pas. C’est aussi une manière d’économiser de l’argent. Les amendes sont fortes pour ceux qui travaillent avec des pays sous embargo ou avec des organisations criminelles ou terroristes.
Sans oublier aussi que le fait de travailler avec des personnes exposées politiquement (PPE) expose les banques comme les administrations publiques nationales ou internationales au soupçon de corruption lors de l’attribution d’un marché. Le soupçon de rétrocommission sera toujours présent si un membre de la famille d’une femme ou d’un homme politique ou public est associé dans une entreprise. On vient encore de le voir avec une personnalité africaine qui se retrouve désignée comme bénéficiaire effectif d’une corporation malgré des sociétés-écrans créées pour dissimuler l’actionnariat réel.
Les États ont tout à gagner en renforçant les réglementations sur le KYC, de même que les banques centrales. Le risque de crédit est souvent avancé par les banquiers africains pour justifier les taux d’intérêt exorbitants en zone Cedeao ou Cemac par rapport à des zones où les taux sont même négatifs actuellement. Mieux connaître les clients permet de se prémunir contre les risques de fraude et contre les clients indélicats. La première banque de la Cemac a failli l’apprendre a ses dépens, car elle était dans le viseur des autorités américaines pour avoir accordé des fonds à des entreprises soupçonnées de financement du terrorisme et d’offrir des facilités à des PPE sous sanctions internationales en République démocratique du Congo.
Maîtriser son KYC permet par conséquent de maîtriser le risque client, de se protéger des amendes obligeant à faire des provisions, amoindrissant ainsi le résultat net, et d’éviter une chute du cours de Bourse pour une société cotée.