Tribune de Houssame NASRAWIN Tribunes

La triangulaire entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe

De nombreuses réformes structurelles sont nécessaires en Afrique pour attirer des investisseurs et leur offrir de meilleurs retours.

Les plus importantes sont : un cadre juridique avec des lois qui protègent les investissements étrangers, un meilleur accès à l’information nécessaire pour juger de la qualité d’un projet, une lutte contre la corruption et les passe-droits, ainsi qu’une réduction de la bureaucratie. Certains pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Maroc ou l’Éthiopie sont sur la bonne voie. Les gouvernements doivent aussi mener une politique de diversification intensive, tournée vers l’industrie manufacturière et les nouvelles technologies.
Toutes ces mesures sont indispensables pour créer un climat de confiance et attirer les capitaux étrangers, notamment en cette période de manque de recettes publiques, de baisse du prix du pétrole et de difficultés croissantes d’accès aux marchés financiers. Dans une économie mondialisée, tout pays a besoin des investisseurs étrangers pour créer de la croissance. Selon la Banque africaine de développement, l’Afrique n’a attiré que 49 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2017.
L’Afrique a trop souvent été exploitée et les Africains n’ont pas pu jouir de leurs richesses. Un exemple parmi plusieurs concerne les ressources naturelles (combustibles et minerais notamment) qui ont été – et sont – exploitées par des entreprises étrangères qui les exportent non transformées, ce qui in fine ne profite que très peu à la population locale. Le rapport de forces doit s’inverser vis-à-vis des multinationales étrangères. Celui-ci doit passer par l’augmentation de la productivité qui conduira à une transformation structurelle du continent.
Une «triangulaire» entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe peut être une solution à ce nouvel ordre.
L’Europe est à la pointe de la technologie, mais le continent connaît un fort ralentissement de sa croissance depuis quelques années. Les entreprises, aussi bien les multinationales que (et surtout) les PME, doivent ainsi chercher de nouveaux marchés. L’Afrique, qui est aujourd’hui le continent connaissant la plus forte croissance au monde, est la destination idéale.
Avec les difficultés actuelles rencontrées par les marchés du Moyen-Orient, de plus en plus d’investisseurs, notamment ceux du Golfe, recherchent des marchés en croissance pour trouver un fort rendement. Ils sont jusqu’alors peu présents en Afrique, notamment pour des raisons de manque de visibilité et d’insécurité des marchés.
Ainsi, l’Afrique pourrait attirer les entreprises européennes qui seraient financées par des fonds du Golfe. Ces entreprises ne viendraient pas dans une optique d’exploitation, mais seraient encouragées, par des incitations fiscales par exemple, à trouver un partenaire local africain et à créer de l’emploi au niveau national. Cela contribuerait à réduire la pauvreté, mais également à créer du transfert de technologie, qui à moyen terme permettrait aux pays africains d’être moins dépendants de l’Europe. Tout cela serait financé par des investisseurs du Golfe à qui les gouvernements africains garantiraient la transparence et plus de protections.
En fin de compte, les trois régions seraient gagnantes : les entreprises européennes trouveraient de nouveaux débouchés, les bailleurs de fonds du MoyenOrient de nouvelles opportunités d’investissements, et les Africains un développement de leurs pays et une nouvelle source de croissance.
Le centre de gravité économique mondial se déplace lentement vers l’Afrique. Cependant, la forte croissance que connaît actuellement le continent ne doit pas masquer l’extrême pauvreté d’une partie de la population. Une croissance non maîtrisée et qui ne bénéficierait pas à la population risquerait avant tout de creuser les inégalités.
* Entrepreneur franco-jordanien à la tête du club d’affaires Arab Business Leaders.